
On part en randonnée avec ses bâtons pour gagner en stabilité, soulager les genoux et mieux gérer le terrain. Pourtant, dans de très rares cas, ce matériel peut aussi devenir un danger sérieux. L’accident de David Cifaldi, survenu le 20 juillet 2026 sur le Granite Peak dans le Montana, le rappelle avec une brutalité extrême : après une chute à haute altitude, il s’est retrouvé empalé par son propre bâton… et a tout de même réussi à redescendre environ 16 km.
S’il est vivant aujourd’hui, ce n’est pas seulement grâce à son sang-froid. C’est aussi parce qu’il a respecté une règle de premiers secours absolument fondamentale : ne jamais retirer un objet planté dans le corps. C’est le réflexe que tout marcheur devrait connaître avant sa prochaine sortie.
Ce qui s’est passé sur Granite Peak
David Cifaldi, infirmier de 32 ans, évoluait avec deux amis vers le Granite Peak, point culminant du Montana. Aux alentours de 3 600 m d’altitude, il glisse sur une pierre instable, chute en avant et son bâton de randonnée traverse son muscle grand dorsal.
La scène est impressionnante : le bâton ressort des deux côtés, avec environ 20 cm entre les points d’entrée et de sortie selon les témoignages relayés dans la presse américaine et repris dans plusieurs médias francophones. Malgré cela, il garde son calme, évalue sa respiration, vérifie l’absence de vertiges et de saignement massif, puis choisit de laisser le bâton en place.
Avec l’aide de ses compagnons, il stabilise l’objet, prévient les secours via un communicateur Garmin, puis entame une longue descente d’environ 6 h 30 sur terrain accidenté jusqu’au parking, avant la prise en charge hospitalière.
Le point le plus important de cette histoire n’est pas l’exploit physique.
C’est le bon réflexe médical : ne pas retirer l’objet empalé sur le terrain.
La règle de survie cruciale : ne jamais retirer un objet planté
C’est une règle de base en secourisme, en montagne comme ailleurs : si un objet est planté dans le corps, on ne l’enlève pas.
Pourquoi ? Parce que l’objet peut agir comme un bouchon temporaire. En traversant les tissus, il peut comprimer certains vaisseaux sanguins lésés et limiter l’hémorragie. On parle souvent d’effet tampon.
Si on retire cet objet en pleine nature, sans équipe médicale, sans imagerie, sans bloc opératoire et sans capacité à contrôler immédiatement un saignement interne ou profond, on peut provoquer :
- une hémorragie massive
- une aggravation des lésions
- une perte de connaissance rapide
- une issue fatale en quelques minutes
📌 À retenir
- Objet planté = on laisse en place
- On stabilise
- On alerte
- On surveille
- Le retrait se fait à l’hôpital, dans un cadre médical adapté
Pourquoi cette règle est contre-intuitive
Je le dis franchement : sous le choc, beaucoup de gens auraient le réflexe inverse. On voit un objet fiché dans le corps, on veut “l’enlever pour voir”, “libérer la zone”, ou “arranger ça vite”. C’est humain. Mais c’est précisément ce qu’il ne faut pas faire.
Le cerveau panique face au visuel. Le secourisme, lui, impose de penser fonction avant apparence :
- Est-ce que la victime respire ?
- Est-ce qu’elle parle ?
- Est-ce qu’elle saigne massivement ?
- Est-ce que l’objet bouge ?
- Est-ce qu’on peut le stabiliser sans l’extraire ?
Dans le cas de David Cifaldi, sa formation d’infirmier a clairement joué. Mais la règle elle-même est simple, et tout randonneur peut la retenir.
Que faire concrètement si cela arrive en randonnée ?
Si vous êtes témoin d’une blessure avec objet empalé, voici les bons réflexes.
1. Sécuriser la zone
Avant tout, évitez le suraccident :
- éloignez-vous d’une pente instable
- stoppez le groupe
- posez les sacs
- mettez la victime dans une position la plus stable possible
En montagne, la priorité n’est pas seulement la blessure : c’est aussi d’éviter qu’une seconde chute aggrave tout.
2. Ne pas retirer l’objet
Même si l’objet est petit, même si “ça n’a pas l’air profond”, même si la victime insiste : on ne l’enlève pas.
3. Stabiliser l’objet
L’objectif est d’empêcher les mouvements parasites.
On peut utiliser :
- une veste roulée
- des compresses
- un bandage large
- un vêtement
- les sangles d’un sac ou d’un gilet, sans comprimer directement l’objet
⚠️ Important : on cherche à caler, pas à enfoncer ni à tirer.
4. Alerter les secours le plus tôt possible
En montagne, chaque minute compte, surtout si l’état se dégrade plus tard.
À transmettre :
- localisation précise
- altitude si possible
- type de blessure
- état de conscience
- respiration
- saignement ou non
- possibilité ou non de se déplacer
💡 Conseil d’expert
Si vous randonnez en zone isolée, un communicateur satellite n’est plus un gadget. C’est un vrai outil de sécurité, surtout hors réseau.
5. Surveiller en continu
Même si la victime semble stable au début, la situation peut évoluer.
Surveillez :
- respiration
- couleur de peau
- niveau de conscience
- apparition de vertiges
- douleur qui explose
- saignement secondaire
- signes de choc : sueurs, pâleur, confusion, extrémités froides
6. Décider du déplacement avec énormément de prudence
C’est ici qu’il faut être très clair : le cas de David Cifaldi ne doit pas être interprété comme un modèle universel.
Il a pu redescendre parce qu’il avait :
- une solide expérience
- des compétences médicales
- deux compagnons organisés
- un moyen de communication
- une blessure qui semblait toucher les tissus mous
- une capacité à marcher sans détresse respiratoire immédiate
Dans la majorité des cas, une victime avec objet planté doit être évacuée par des secours, pas invitée à “marcher tant que ça tient”.
Les signes qui imposent une urgence absolue
Si l’un des signes suivants apparaît, il faut considérer la situation comme critique :
- difficulté à respirer
- douleur thoracique importante
- saignement abondant
- perte de connaissance
- confusion
- faiblesse soudaine
- peau très pâle ou bleutée
- pouls rapide et faible
- objet proche du cou, du thorax, de l’abdomen ou de l’aine
📢 Alerte
Une blessure du thorax ou de l’abdomen peut sembler “supportable” au départ puis basculer brutalement. Une personne qui parle et marche n’est pas forcément hors de danger.
Ce que cette histoire nous apprend sur les bâtons de randonnée
J’utilise moi-même des bâtons en rando et en trail d’ultra. Je continue à les recommander : bien employés, ils sont excellents. Mais il faut aussi savoir qu’ils demandent un minimum de technique.
Le problème n’est pas le bâton en lui-même. Le problème, c’est la combinaison :
- fatigue
- terrain instable
- vitesse excessive
- dragonnes mal utilisées
- pointe orientée de manière dangereuse lors d’une chute
- mauvais rangement dans les passages techniques
Les erreurs les plus fréquentes avec les bâtons
Utiliser les dragonnes sans comprendre leur rôle
Beaucoup de randonneurs passent la main “par-dessus” de manière approximative. En cas de chute, cela peut :
- gêner le lâcher du bâton
- provoquer une torsion du poignet
- maintenir le bâton dans une position dangereuse
Garder les bâtons en main dans les passages où il faut prioriser l’équilibre
Sur rochers, névés, pierriers ou petites désescalades, il faut parfois accepter de :
- ranger un bâton
- replier les deux
- libérer les mains
Je le répète souvent : mieux vaut perdre 20 secondes à ranger ses bâtons que perdre l’équilibre en voulant absolument les garder actifs.
Marcher avec la pointe trop proche de la trajectoire du corps
Quand on est fatigué, la coordination baisse. Le bâton peut se planter trop près, partir en arrière, ou rebondir sur un rocher.
Utiliser des bâtons trop longs ou mal réglés
Un mauvais réglage dégrade l’appui et augmente le risque de geste parasite.
Voici un rappel utile :
| Terrain | Réglage conseillé |
|---|---|
| Plat / faux plat | coude proche de 90° |
| Montée | un peu plus court |
| Descente | un peu plus long |
| Dévers / technique | ajustement fin selon côté et stabilité |
Comment réduire le risque d’accident avec ses bâtons
Mes recommandations concrètes
- Rangez les bâtons dans les portions où vous avez surtout besoin des mains
- Révisez l’usage des dragonnes avant une sortie engagée
- Gardez un écart latéral correct entre la pointe et votre axe de chute potentiel
- Ralentissez franchement sur pierriers, dalles, névés et blocs instables
- Évitez de “planter pour vous rattraper” au dernier moment
- Travaillez votre proprioception et votre stabilité, pas seulement le cardio
- Choisissez des bâtons adaptés à votre pratique et à votre niveau
💡 Astuce
En terrain très technique, je conseille souvent de me poser cette question simple :
“Est-ce que mes bâtons m’aident vraiment ici, ou est-ce qu’ils m’encombrent ?”
Si la réponse n’est pas claire, je les range.
Le matériel de sécurité que je juge vraiment utile en randonnée engagée
L’accident de Granite Peak rappelle aussi une autre réalité : en montagne, l’autonomie a des limites. Voici ce que je considère comme particulièrement pertinent dès qu’on sort des sentiers faciles.
Kit minimal intelligent
- couverture de survie
- pansements et compresses
- bandage élastique
- straps ou ruban adhésif médical
- gants nitrile
- sifflet
- frontale
- batterie externe
- eau et calories de secours
Pour les zones isolées
- communicateur satellite
- trace GPS téléchargée hors ligne
- itinéraire partagé avec un proche
- heure limite de demi-tour
- couche chaude même par beau temps
📌 Bon à savoir
Le meilleur kit de secours, ce n’est pas celui qu’on possède. C’est celui qu’on sait utiliser sous stress.
Une histoire spectaculaire, mais une leçon très simple
Ce qui me marque dans cette affaire, ce n’est pas seulement la résistance de David Cifaldi. C’est la puissance d’un principe de base. En montagne, les gestes les plus salvateurs sont souvent les moins intuitifs :
- ne pas arracher
- ne pas précipiter
- stabiliser
- observer
- alerter
- décider froidement
C’est exactement le genre de règle qu’on espère ne jamais avoir à appliquer… mais qu’il faut connaître avant d’en avoir besoin.
Si vous ne retenez qu’une seule chose avant votre prochaine randonnée, retenez celle-ci : un objet planté reste en place jusqu’à la prise en charge médicale. En secours, ce simple réflexe peut faire toute la différence entre une blessure grave… et une tragédie.

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